Le Club de lecture : Une certaine idée du paradis d’Élisabeth Segard

Violette Laguille a 80 ans, parle à ses cactus, ne va nulle part sans être perchée sur des chaussures à talons dans lesquelles il serait impossible de faire rentrer des semelles orthopédiques, adore les tisanes en sachet (personne n’est parfait) et a un énorme faible pour le fromage de chèvre. 

Ça tombe bien, elle vit dans un petit village de Touraine complètement paumé… où personne ne sait qu’elle a des choses à cacher. Mais le jour où une bête fuite d’eau vient menacer les souvenirs précieux d’une ancienne vie pour le moins rocambolesque et que le plombier se fait arrêter pour meurtre, Violette se voit obligée de se mêler de l’enquête. 

Elle en profitera d’ailleurs pour se mêler de quelques autres trucs, parce qu’elle a une certaine idée de comment les choses devraient être faites (et que ce n’est pas parce qu’on habite à la campagne qu’on doit s’habiller en dépit du bon goût). 

À Mouy-sur-Loire (village fictif de 1 504 habitants – avant le décès de la dernière arrivée, qui nourrissait des projets à base de câlinage d’arbres), on trouve également une maire volontaire, un hôtelier peu scrupuleux, un curé fana de chinon qui a une manière peu catholique de remplir son église le dimanche et un bistro où l’on mange aussi bien que dans un deux étoiles pour le prix d’un ou deux tickets restaurant. 

Une certaine idée du Paradis d’Élisabeth Segard n’a rien à envier aux cosy mysteries British et se lit comme on mange une tartine de chèvre chaud : avec délice. On tourne les pages en se régalant de l’humour de l’auteur à la plume affûtée et élégante. Et je peux vous annoncer de source sûre qu’un numéro deux est dans les tuyaux. Miss Marple n’a qu’à bien se tenir, Violette Laguille arrive perchée sur ses salomés pour trouver sa place dans vos bibliothèques ! 

Élisabeth Segard, Une certaine idée du paradis, collection Territoires chez Calmann-Lévy.