Books of 2018 : lectures marquantes en français

L’an passé a marqué un ralentissement, un effacement, une absence et ce, à tous les niveaux, y compris (malheureusement pour moi) la lecture. Tant de livres m’attendent encore dans ma PAL, du coup ! Mais j’ai quand même lu un peu et découvert quelques pépites que je voulais partager avec vous, avant d’attaquer les livres de 2019. Voici donc, dans le désordre, les livres en français qui m’ont le plus marquée en 2018. 

Jérôme Attal, 37, étoiles filantes (Robert Laffont, 2018) ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Jérôme Attal - 37 étoiles filantes

Le résumé : Sous le ciel étoilé de Paris, un jour de 1937, Alberto Giacometti n’a qu’une idée en tête : casser la gueule à Jean-Paul Sartre ! C’est cette histoire, son origine et sa trépidante conclusion, qui sont ici racontées.

Mon avis : Avec 37, étoiles filantes, Jérôme Attal a fait sa première rentrée littéraire (celle des grands, en septembre). Il signe ici l’un de ses romans les plus aboutis, tant pour l’écriture — toujours le sens du bon mot, de la phrase ciselée — que pour les recherches. Comme pour ses précédents opus, et notamment mon chouchou Les Jonquilles de Green Park ou encore L’Appel de Portobello Road, on sent l’expertise, sans ce que cela n’alourdissent le récit. On se promène avec Giacometti dans le Paris des années 30 comme si l’on suivait chacun de ses pas. On voit virevolter les jupes et frémir les cols de fourrure, bref, on y croit, on y est. Le lecteur suit, épie, presque, les personnages dans ce Paris d’avant-guerre qu’Attal n’oublie pas d’aromatiser d’amour, de d’humour et d’espièglerie, mais de montée d’antisémitisme, aussi. Très réaliste, ce dernier roman (avant le prochain prévu pour août) touche le cœur et le bonheur, un mot après l’autre. 

Amélie Nothomb, Frappe-toi le cœur (Albin Michel, 2017) ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Amélie Nothomb - Frappe-toi le cœur

Le résumé : « Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. » 

Alfred de Musset

Si vous vous dites que ça ne nous dit pas grand-chose, moizaussi. Alors pour une fois je vais dépasser le résumé éditeur : Jolie, très jolie, même, Marie fait tourner la tête des garçons. Et finit par tomber enceinte. Dépassée, elle épouse le futur pharmacien Olivier et accouche à vingt ans d’une ravissante petite fille. Alors que tout le monde s’extasie, Marie, elle, se renfrogne. Après une vie à faire envie, c’est au tour de Marie d’être envieuse. Elle délaisse le nourrisson et Diane grandit sans l’amour de sa mère, imaginant une théorie après l’autre sur les raisons de ce manque. Théories qui s’effondrent toutes le jour où un deuxième, puis un troisième enfant, font leur apparition dans cette famille. À la surprise de Diane, ces petits-là sont aimés de leur mère. 

Mon avis : Eh bien franchement, ça n’était pas trop tôt ! Des années à être déçue par Amélie Nothomb, dont je demeure néanmoins une grande admiratrice (j’ai d’ailleurs également relu L’Hygiène de l’assassin l’année dernière, avec un immense plaisir renouvelé). J’ai retrouvé ce qui m’avait fait aimer l’auteure excentrique. Cette histoire de jalousie corruptrice entre un parent et son enfant (pire, entre une mère et son enfant, sa fille), frappe juste. L’on y découvre comme une telle relation parent-enfant peut affecter l’enfant, même adulte, lorsque Diane se retrouve à l’université. Frappe-toi le cœur frappe juste et sonne le retour pour moi d’Amélie Nothomb. 

Éric Plamondon, Taqawan (Quidam éditeur, 2018) ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Éric Plamondon - Taqawan

Le résumé : « Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. » Le 11 juin 1981, trois cents policiers de la sûreté du Québec débarquent sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens mig’maq. Emeutes, répression et crise d’ampleur : le pays découvre son angle mort. Une adolescente en révolte disparaît, un agent de la faune démissionne, un vieil Indien sort du bois et une jeune enseignante française découvre l’immensité d’un territoire et toutes ses contradictions. Comme le saumon devenu taqawan remonte la rivière vers son origine, il faut aller à la source… Histoire de luttes et de pêche, d’amour tout autant que de meurtres et de rêves brisés, Taqawan se nourrit de légendes comme de réalités, du passé et du présent, celui notamment d’un peuple millénaire bafoué dans ses droits. 

Mon avis : A priori ce n’est pas le genre d’histoire vers lequel je me serais tournée. Mais Quidam est l’éditeur d’Erwan Larher et chaque fois que j’ai attrapé un de leurs livres j’ai été séduite. J’ai donc fait confiance, d’autant que la promotion battait son plein, me rappelant à chaque fois à quel point ce livre me faisait envie. Noir et coloré à la fois, Taqawan est un cœur meurtri battant la chamade. D’une façon magistrale, Éric Plamondon dresse une galerie de personnages justes et diversifiés, multipliant les points de vue, les idées, sans verser dans le mélo ni le jugement. Taqawan est à la fois un roman noir, politique, écolo, historique, mais aussi un livre de contes, comme l’avait dit Augustin Trapenard. Un tour de force d’une calme puissance qui, tel le saumon remontant la rivière et nous glissant entre les doigts, file sans jamais s’arrêter ou s’écarter de son but et se referme essoufflé. 

Éric Giacometti et Jacques Ravenne, Le Triomphe des ténèbres (JC Lattès, 2018)

Giacometti Ravenne - Le Triomphe des Ténèbres

Le résumé : 1938. Dans une Europe au bord de l’abîme, une organisation nazie, l’Ahnenerbe, pille des lieux sacrés à travers le monde. Ils cherchent à amasser des trésors aux pouvoirs obscurs destinés à établir le règne millénaire du Troisième Reich. Son maître, Himmler, envoie des SS fouiller un sanctuaire tibétain dans une vallée oubliée de l’Himalaya. Il se rend lui-même en Espagne, dans un monastère, pour chercher un tableau énigmatique. De quelle puissance ancienne les nazis croient-ils détenir la clé ? À Londres, Churchill découvre que la guerre contre l’Allemagne sera aussi la guerre spirituelle de la lumière contre l’occulte. Ce livre est le premier tome d’une saga où l’histoire occulte fait se rencontrer les acteurs majeurs de la Seconde Guerre mondiale et des personnages aux destins d’exception  : Tristan, le trafiquant d’art au passé trouble, Erika, une archéologue allemande, Laure, l’héritière des Cathares… 

Mon avis : Lu dans le cadre du festival Polar sur Loire 2018, je l’ai pris comme une lecture obligatoire (comme au collège ou au lycée, où je devais lire ce que l’on m’imposait au lieu d’ouvrir ce que je voulais) puisque je devais, au cours de la journée, interviewer Éric Giacometti. Mais très rapidement, la lecture obligatoire s’est révélée envoûtante grâce à, notamment, la quantité de recherches effectuées par Giacometti et Ravenne et des personnages attachants. J’attends la suite avec impatience. 

Arnaud Le Guilcher, Capitaine Frites (Pocket, 2017) ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Arnaud Le Guilcher - Capitaine Frites

Le résumé : Pour se sortir du cauchemar d’un divorce, qualifié pudiquement de « difficile », Arthur décide de se planquer dans la petite république africaine du Konghia (capitale : Yabaranga). Il s’y retrouve pris dans un insondable bordel, perdu entre un président domicilié dans une tour en chantier, une bande de rastas blancs, des tamanoirs, le plus grand poisson d’eau douce jamais recensé et beaucoup trop d’alcool local… Tout cet assemblage baroque résistera-t-il à l’arrivée de l’ex-femme d’Arthur, un véritable requin, venue faire de la vie de ce pauvre garçon un enfer sous les tropiques ? 

Mon avis : Arnaud Le Guilcher, c’est comme Neil Gaiman, j’en reprendrais bien un peu tous les ans. Mais il n’y en a pas assez, alors on savoure doucement (bien que j’avoue sans peine que Capitaine frites était mon deuxième en 2018, après Du tout au tout). Pas besoin de chercher plus loin, pour moi Arnaud le Guilcher est l’auteur français le plus drôle en vie et en activité aujourd’hui. C’est le seul qui me fasse éclater de rire (pour de vrai, pas rire dans ma tête, un vrai éclat de rire quo’n ne peut empêcher tellement c’est imprévu) quand je le lis, en tous cas. On retrouve ici ce mélange d’humour presque nonsense anglais et des situations burlesques et improbables qui font de ses histoires des ravissements de chaque page. Si vous avez le bourdon, arrêtez tout et écoutez-moi, foncer chercher un Le Guilcher dans votre librairie préférée (en plus ça vous fera sortir, ce qui ne pourra vous faire que du bien et je sais de quoi je parle). 

Jodi Taylor, Les Chroniques de St Mary, Tome I : Un monde après l’autre & tome II : D’écho en échos (HC Éditions, respectivement février et octobre 2018. Le tome 3 sort le 14 février et le 4e en octobre, vous voilà préparés psychologiquement pour l’attente) ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Jodi Taylor - Un monde après l'autre

Le résumé (du tome I) : La jeune historienne Madeleine Maxwell vient de terminer brillamment ses études et s’apprête à passer un entretien à l’institut St Mary. Mais en pénétrant dans l’enceinte de ce centre de recherche historique, Max comprend très vite que celui-ci ne ressemble à aucun autre. Derrière la façade très académique de l’institut St Mary, les équipes d’historiens, de techniciens, de chercheurs ont découvert le secret du voyage dans le temps. Ici, les historiens n’étudient pas seulement le passé, ils le visitent… Max comprend très vite les possibilités qui s’offrent à elle. De la disparition de Pompéi aux tranchées de la Première Guerre mondiale, du grand incendie de Londres à la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, la jeune historienne va revivre d’extraordinaires événements. Alors qu’au sein de l’institut naissent des enjeux de pouvoir… 

Mon avis : Intrigant, drôle, haletant, un poil excitant de temps en temps et extrêmement relatable (non je ne trouve pas d’équivalent satisfaisant en français). J’ai adoré me plonger dans les aventures de Max et ai enchaîné les deux tomes en un week-end. Je suis depuis en manque et ai dû compenser avec autant de thé qu’ils en boivent dans les bouquins (je ne pouvais qu’accrocher). J’attends avec impatience que le tome III, Une seconde chance, me tombe dans les mains. Si vous aimez l’histoire, les voyages dans le temps (et Doctor Who), le thé, les histoires d’amour qui se compliquent (mais finissent par s’arranger), les capots de voitures, les voitures jetées dans des lacs par vengeance (par erreur), vous allez devenir accro vous aussi à Jodi Taylor. 

Camille Jourdy, Rosalie Blum (Actes Sud BD 2016) ⭐️⭐️⭐️⭐️

Camille Jourdy - Rosalie blum

Le résumé : Une petite ville de province pour un singulier trio composé de Rosalie, Aude et Vincent. Une rencontre inattendue pour ces personnages dont les modes de vie sont bien différents. Derrière l’intrigue, le portrait psychologique de trois solitaires un peu dépressifs : Vincent qui envisage après trente ans de couper le cordon ombilical, Rosalie Blum qui ne cesse de noyer un passé noir et douloureux dans le whisky et Aude qui se laisse aller aux hasards de la vie. Cette rencontre les aidera-t-elle à vaincre leurs démons ? Camille Jourdy suit ses héros pour lesquels elle ne cache pas son ironique tendresse.

Mon avis : Une histoire intrigante aux personnages attachants. Comme Démon, la série des Rosalie Blum m’a été conseillée par une des bibliothécaires de la bibliothèque municipale de Tours. J’ai lu les trois tomes dans la soirée / nuit (un peu l’insomnie, un peu le fait que les BD ne soient pas très longues). Je ne pense pas que si la série avait fait plus de trois tomes j’aurais continué mais en l’occurence c’était la bonne longueur. 

Romain Gary, La Vie devant soi (Folio, 1982) ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Romain Gary - La Vie devant soi

Le résumé : Signé Ajar, ce roman reçut le prix Goncourt en 1975. Histoire d’amour d’un petit garçon arabe pour une très vieille femme juive : Momo se débat contre les six étages que Madame Rosa ne veut plus monter et contre la vie parce que « ça ne pardonne pas » et parce qu’il n’est « pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur ». Le petit garçon l’aidera à se cacher dans son « trou juif », elle n’ira pas mourir à l’hôpital et pourra ainsi bénéficier du droit sacré « des peuples à disposer d’eux-mêmes » qui n’est pas respecté par l’Ordre des médecins. Il lui tiendra compagnie jusqu’à ce qu’elle meure et même au-delà de la mort. 

Mon avis : Des livres comme ça on n’en fait plus. Il se pourrait même que non seulement moi et mon cœur insensible ayons versé une ou deux larmes, mais aussi que ce livres m’ait donné des envies d’ouvrir d’autres chefs-d’œuvre pour aller voir ce qui s’y passe, de quoi qu’on y cause et pourquoi tout le monde les encense, moi qui n’en ai jamais envie. La Vie devant soi m’a bouleversée. Comme quoi il n’est jamais trop tard pour découvrir classiques et monuments de la littérature.