Moment Amer au CCC OD pour la dernière journée des cactus

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Rien de spécial ici, la moitié des gens environ se disent qu’ils ont le temps, six mois, ouh là là c’est loin, on ira à l’automne, tiens c’est vrai, plus que trois mois, on ira le mois prochain et zut Noël est passé, elle se termine quand l’expo déjà ? Ah oui, demain, bon eh bien on ira demain. 

Et j’ai fini par traverser une ville désespérément vide et fermée et triste (un dimanche, donc) pour me rendre à l’exposition de Ghada Amer au CCC OD, parce que j’avais envie de voir les cactus, c’est chouette pour les enfants, ils ont adoré les cactus, qu’on m’a dit, ça tombe bien j’aime bien les mêmes trucs que les enfants en général, ça doit être joli, j’ai envie de voir les cactus. 

J’ai donc en toute logique commencé par le truc en bas, les vidéos. J’ai saisi l’idée parce que je suis pas débile, mais je me suis ennuyée (et je reste polie, ce qui ne m’arrive pas souvent). Puis les Nymphéas d’Olivier Debré. Et là j’aimerais qu’on me disent oùquissont les nymphéas et le rapport avec Monet, sérieusement. Les tableaux sont jolis, ceci dit. 

Et ensuite je suis allée voir les cactus. Déjà en entrant dans la salle il y avait un groupe qui discutait avec un des personnels du musée. J’ai entendu « mais plus on est macho aujourd’hui, plus on est féministe ». J’ai préféré pas rester, j’ai vite commencé à faire le tour en prenant des photos et en observant les cactus. 

Ils étaient jolis, les cactus. La dernière fois que j’avais mis les pieds au CCC OD c’était (avec ma cousine, elle aime bien l’art contemporain, enfin parfois ou souvent, pas forcément toujours, ça dépend quand même de ce que c’est, elle venait de Paris, elle avait entendu parler du « nouveau musée d’art contemporain de Tours », elle voulait y aller, « je sais que t’aimes pas l’art contemporain mais on n’est pas obligées si tu veux pas… — Mais si justement, j’y suis pas encore allée, si je veux pouvoir critiquer il faut bien que j’aille vérifier que j’aime vraiment pas. » Spoiler, j’ai pas aimé et c’est pour ça que j’y avais pas mis les pieds depuis) décembre 2017. 

Une dame nous avait poursuivies dans la nef pour nous forcer à lire le prospectus avant d’examiner des tuyaux d’eau croupie. Nous on aime bien regarder d’abord, réfléchir, imaginer, et lire le prospectus après, qu’on lui avait répondu. Elle avait insisté. Ultra lourdement. Je m’étais éloignée, je suis pas toujours douée pour le tact et la diplomatie, j’avais trop peur de lui coller une claque. Ma cousine avait géré la diplomatie (avec peine, ceci dit, c’est le genre qui ne s’énerve pas souvent mais quand elle s’y met ça rigole pas et là elle était à deux doigts). 

Cette fois j’ai chopé le prospectus en entrant, d’ailleurs le temps que je l’attrape la barrière s’est refermée sur moi, j’ai dit « Mais enfin tout de même » et j’ai regardé les cactus et j’ai lu le prospectus après, mais au moins j’étais parée en cas d’attaque intempestive. 

Ceci dit le prospectus n’était pas bien clair non plus sur un point, la façon dont c’était écrit on aurait dit que c’était l’équipe de 25 personnes en rotation qui avait installé les cactus sur un schéma envoyé par Ghada Amer et je me suis demandé si elle était venue participer, quand même c’est son œuvre après tout.

Alors j’ai expliqué mon doute à un membre du musée qui m’a dit que si, bien sûr qu’elle est venue, enfin bien sûr qu’il y a des étapes qu’on peut faire sans les artistes, l’installation parfois notamment s’ils envoient des croquis et explications en amont, ah oui donc c’est bien on n’a pas l’impression que ça les fait chier de venir, déjà, que j’ai surtout pas répondu au monsieur. Qui a ajouté que d’ailleurs dans le petit film sur la salle Ghada Amer on la voit installer les cactus, ah oui mais moi j’ai pas regardé la vidéo jusqu’au bout, c’est chiant les vidéos, a fortiori dans les musées d’art contemporain, regarder de pseudos artistes s’auto-glorifier ça me gonfle et je suis même pas désolée de le dire, que je lui ai toujours pas dit au monsieur. Surtout que j’ai lu quelques articles sur Ghada Amer, j’aime bien la nana et ce qu’elle fait, j’ai pas envie de la traiter de pseudo-artiste comme ça au quasi-premier abord. 

À la place j’ai demandé comment les artistes et œuvres étaient sélectionnées. C’est que j’ai un petit projet d’arts plastiques dans un coin, vous comprenez. Alors je me disais « renseigne-toi, on sait jamais, t’as p’t’êt’ tes chances ». Sauf que non, hein, évidemment. À Tours on aime bien dire depuis le début du CCC OD que de toute façon ce truc c’est copinage et Cie, une vraie arnaque de chez on t’a bien eu, hein, mais on dit ça sans savoir, en fait. Alors je voulais savoir. Donc bien sûr, là c’est le moment où quelqu’un va pointer du doigt le fait que j’ai juste posé la question à une seule personne, un membre de l’accueil du musée, mais bon a priori il est là depuis un moment et puis le grand manitou n’était pas dispo. Ces gens auront raison, bien sûr qu’il faudrait vérifier, mais là j’écris pas une enquête journalistique, juste une note de blog pour râler sur l’art content pour rien et il s’agirait pas que je me donne des arguments en défaveur de ma gueulante (et c’est ainsi qu’elle chopa haut la main le titre de Miss Mauvaise Foi 2019, wink wink). 

Donc j’ai demandé. Et le monsieur m’a répondu que c’était Alain Julien-Laferrière et un p’tit comité qui choisissaient. Alors bien sûr des gens leur envoient leur book ou des propositions mais ça n’aboutit pas, parce que c’est pas comme ça que ça marche vu que les choix d’AJL and friends se portent sur « des artistes qu’ils suivent ou qu’on leur conseille — les artistes exposés ici vont proposer des noms, par exemple », a conclu le monsieur avant d’admettre que c’est effectivement par connaissances, « du réseau, oui. Pas du piston, hein, mais oui, du réseau. Le CCC OD n’a pas vocation à présenter de nouveaux artistes ou des artistes émergeants mais juste des artistes reconnus. » Je vous laisse décider quoi en penser. Moi je trouve ça quand même très copinage. Faudrait évidemment causer un instant avec monsieur Julien-Laferrière mais m’est idée que c’est pas pour la semaine prochaine. 

Et les cactus, dans tout ça ? Parce qu’à part vous avoir dit qu’ils étaient jolis j’ai pas vraiment développé. Choupi comme tout, les cactus. J’ai réussi à résister à l’envie fulgurante d’y toucher, quand même. Mais l’ensemble était fort élégant et agréable, à tel point que la dissymétrie n’a même pas réveillé mes TOC. C’est dire.