Books of 2017 #5 : Nouvelles, théâtre et classiques

Books of 2017 nouvelles classiques

Ce n’est pas toujours facile de faire les catégories. J’ai donc décidé de regrouper les recueils de nouvelles, bien qu’ils soient de genres très différents : fiction, thriller, SF, fantastique… De même avec le théâtre, avec des classiques et du contemporain. Note un peu bâtarde mais pleine de bonnes surprises.

Nouvelles : 

Gillian Flynn, The Grownup (2014, 67p) ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Traduit par Sonatine : Nous allons mourir ce soir ; en poche avec Les Apparences, en édition spéciale, chez Le Livre de Poche

Le résumé : Après une enfance difficile, la narratrice anonyme devient travailleuse du sexe. Des années d’expériences ont développé chez elle un véritable don pour décrypter la psychologie de ses interlocuteurs, leurs intentions et leurs envies. Aussi lui arrive-t-il d’officier occasionnellement comme voyante. Lorsqu’elle rencontre Susan Burke, une femme aisée aux prises avec une situation dramatique, elle accepte de l’aider. Susan et sa famille ont emménagé à Carterhook Manor, une vieille demeure inquiétante, marquée par une violente histoire vieille de cent ans. Sur place, la narratrice rencontre Miles, le beau-fils de sa cliente, un adolescent au comportement étrange et glaçant. Saura-t-elle découvrir toute la vérité sur Carterhook Manor et la famille qui l’habite désormais ?

Mon avis : Une nouvelle à la poigne solide. On est agrippé dès le départ et on ne lâche pas jusqu’à la fin. on sombre petit à petit du glauque au semi-surnaturel, on tremble et finit angoissé. Gillian Flynn est vraiment une maîtresse du thriller et elle le prouve avec efficacité en une soixantaine de pages seulement.

Ted Chiang, Stories of Your Life and Others (2015, 1st in 2002, 338p) ⭐️⭐️⭐️⭐️

Traduit et en poche chez Folio SF : La Tour de Babylone

Le résumé : A Babylone, la construction de la tour touche à sa fin. On va bientôt atteindre la voûte du ciel et découvrir les secrets de Jéhovah. Une mathématicienne aurait trouvé une démonstration capable de mettre à mal les mathématiques, sa vie de couple… et sa vie, tout court. Le premier contact avec les extraterrestres aura également des répercussions inattendues sur le quotidien d’une linguiste réputée. Le destin de Neil Fisk bascule le jour où sa femme est tuée par la visitation d’un ange… Huit nouvelles qui constituent l’intégrale des oeuvres de l’auteur entre 1990 et 2002. Huit textes d’une puissance inégalée, lauréats pour la plupart des principaux prix du genre : Hugo, Nebula, Theodore Sturgeon, Sidewise… Huit occasions de découvrir le talent d’un nouveau grand de la science-fiction mondiale.

Mon avis : Acheté pour lire Story of Your Life, la nouvelle qui a donné lieu au film Arrival, que j’ai adoré. J’ai beaucoup aimé ce recueil mais toutes les nouvelles ne m’ont pas plu de la même façon. J’ai adoré la nouvelle éponyme, ainsi que Tower of Babylon, un bijou. Seventy-Two Letters m’a entraînée dans son tourbillon mais je n’ai rien compris à Division by Zero. Bref, entre la langue qui bloque parfois la création d’affinités et les sujets, ce n’est pas évident de toujours tout aimer dans un recueil mais celui-ci a tout de même une saveur particulière, une originalité dans la façon de traiter les sujets, qui en fait un must-read pour tous les fans de nouvelles et de science-fiction.

Susan Hill, The Travelling Bag and other Ghost stories (2016, 192p) ⭐️⭐️⭐️

Le résumé : Des rues brumeuses de Londres à l’époque victorienne à l’inquiétante perfection des banlieues des années 1950, la vie quotidienne est envahie par le surnaturel dans cette collection de nouvelles de fantômes. Dans le texte éponyme, un détective paranormal raconte son enquête la plus mémorable, dont l’horrifiant dénouement a pris place dans le club même où il la raconte. Dans Boy Number 21, un garçon solitaire se fait un ami mais plusieurs années plus tard, il doit questionner la vraie nature de cette amitié. Alice Baker raconte l’histoire d’une mystérieuse nouvelle collègue qui traîne avec elle une étrange odeur de décomposition. Et dans The Front Room, une mère très dévote tente de protéger ses enfants de l’influence diabolique de leur grand-mère…

Mon avis : La nouvelle-titre est superbe, avec tous les codes du genre, une trame angoissante, une fin qui tombe comme un couperet, le mystère tout du long. Mais encore une fois, je n’ai pas trouvé que toutes les nouvelles étaient au même niveau.

Karen Blixen, Le Festin de Babette (2008, 1st in 1958, 546p) ⭐️⭐️

Le résumé : Babette est une Française devenue domestique en Norvège, après la Commune qui l’a contrainte à l’exil. Ses patronnes sont deux vieilles filles austères. Le jour où elle gagne dix mille francs or à une loterie, elle leur demande de la laisser préparer un dîner fin, dans la grande tradition française. Sa fortune y passe, mais une soirée aura effacé des années de carême. Cette nouvelle, qui a inspiré un film, est l’un des cinq petits chefs-d’oeuvre qui composent ce recueil.

Mon avis : Au risque de me répéter, le problème avec les recueils de nouvelles, c’est le manque de constance. Le Festin de Babette est un chef-d’œuvre mais les nouvelles suivantes m’ont ennuyée. Ceci dit, je recommande vivement la lecture de la nouvelle-titre.

Guy de Maupassant, Le Horla (256p) ⭐️⭐️

Le résumé : Par une belle journée de printemps, depuis son jardin, un homme salue un superbe trois-mâts qui passe sur la Seine. Mais, rentré chez lui, il est saisi d’un étrange malaise. Bientôt surviennent des événements mystérieux. Chaque nuit, de l’eau disparaît sans raison de la carafe posée sur sa table de chevet et son sommeil est interrompu par un même cauchemar : il croit sentir une créature invisible se pencher sur son corps et aspirer sa vie…

Mon avis : Blablabla, la constance, le niveau, c’est bon, on a compris. Le Horla c’est fantastique mais mettre deux versions à la suite l’une de l’autre ça tue le truc. Je n’ai pas eu envie de lire la deuxième et les nouvelles suivantes m’ont gonflées. Comme pour le recueil précédent, Le Horla est un chef-d’œuvre à avoir lu au moins une fois. Le reste du livre peut être ignoré. Ou pas. C’est vous qui voyez, après tout.

Théâtre et classiques : 

Patrick Marber, Don Juan in Soho (2007, 83p) ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Le résumé : Inspiré de la farce tragique de Molière, l’anarchique Dom Juan in Soho de Patrick Marber nous transporte et adapte les débauches du célèbre héros dans le Londres contemporain. La pièce a été donnée en 2006 et à nouveau en 2017.

Mon avis : Comme je vous l’avais raconté précédemment, j’ai préféré voir la pièce que la lire. Mais déjà dans le texte on détecte les effets qui rendront la pièce irrésistible. On est surpris et emporté par cette réécriture de Molière du XXIe siècle. Soyez prêts à vous laisser déstabiliser, ça vaut le voyage.

Tom Stoppard, Rosencrantz and Guildenstern Are Dead (1966, 118p) ⭐️⭐️⭐️⭐️

Traduit par les Presses Universitaires du Midi : Rosencrantz et Guildenstern sont morts (édition bilingue – avec Benedict Cumberbatch sur la couverture, je dis ça…)

Le résumé : Cette pièce en 3 actes influencée par Beckett et T.S. Eliot fit connaître Stoppard en 1967. Elle tire son titre et ses personnages du Hamlet de William Shakespeare. Alors qu’Hamlet, Claudius et Gertrude gisent morts sur la scène, l’ambassadeur d’Angleterre fait son entrée et annonce que « Rosencrantz et Guildenstern sont morts ». Mais, Rosencrantz et Guildenstern sont-ils vraiment morts ? Et s’ils ne quittaient pas vraiment la scène ? C’est ainsi que commence la pièce de Tom Stoppard : deux personnages Ros et Guil jouent aux dés et s’interrogent sur la raison de leur présence sur la scène. Entre humour sophistiqué et blagues de comptoir, cette pièce dit l’importance non pas de connaître, mais d’apprendre, d’apprendre sans cesse pour ne pas mourir, pour ne pas se laisser mourir ou détruire.

Mon avis : Une autre plongée dans le théâtre contemporain avec cette fois, non pas une réécriture mais la même histoire que l’originale vue par des personnages secondaires. L’absurdité des échanges de Rosencrantz et Guildenstern est emballante et le rire contagieux. Si encore une fois, rien ne vaut l’expérience du théâtre, on se laisse emporter dans ce trou du lapin blanc d’un autre genre.

Edward Albee, Who’s Afraid of Virginia Woolf? (2008, 1st in 1962, 130p) ⭐️⭐️⭐️⭐️

Traduit par Actes Sud Papiers : Qui a peur de Virginia Woolf ? 

Le résumé : Au cours d’une longue nuit, sur le campus universitaire d’une petite ville de la Nouvelle-Angleterre, deux couples de deux générations différentes se livrent un combat cru, dur, sans faux-semblants, qui nous interroge sur nos choix de vie et de société, sur nos peurs, sur notre capacité à construire un monde où le désordre, la folie et l’art auraient leur place.

Mon avis : Première rencontre avec ce chef-d’œuvre dont je ne connaissais rien, si ce n’est le nom. J’ai aimé la lecture même si je suis restée un peu au-dehors, pour me laisser des zones de mystères devant la scène. La puissance des échanges est déjà perceptible et lorsque les acteurs sont sur scènes, ils drainent l’énergie de leur public. Grandiose.

Jez Butterworth, The Ferryman (2017, 128p) ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Le résumé : Armagh, 1981. À la ferme des Carney on prépare la récolte annuelle. Une longue journée de dur labeur et la traditionnelle soirée de fête attend la famille. Mais cette année, ils seront interrompus par un visiteur.

Mon avis : La surprise de mes trips théâtraux de 2017. Une des grandes pièces de l’année, mais je n’ai pas tout compris au théâtre alors j’ai acheté le script pour revoir les passages ratés. Et grand bien m’en a pris car les dialogues sont d’une grande intensité et il est facile, lorsqu’on n’est pas natif de la langue ou familier de l’accent, de louper les différents niveaux d’action et de dialogue. Un grand plaisir à découvrir ce texte taillé au millimètre.

Phil Porter, Vice-Versa (2017, 104p) ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Le résumé : Une servante rusée et deux amoureux injustement séparés font équipe pour embobiner un pompeux général dans cette farce débridée. Des déguisements douteux, des cabrioles comiques et un singe parlant mettent la pagaille pendant que les farceurs tentent de sauver la fille, libérer la servante et vivre assez longtemps pour raconter leur histoire.

Mon avis : Acheté un peu par hasard à Stratford-Upon-Avon quand j’y suis allée pour voir Salomé. Cette pièce était jouée à la même période mais je n’ai pas pu y assister et c’est regrettable. Le texte est d’un comique irrésistible et on y détecte tous les éléments qui promettent un excellent moment dans le public face à la scène. À découvrir.

Molière, Dom Juan ⭐️⭐️⭐️⭐️

Le résumé : En 1664, Dom Juan déchaîne le scandale et soulève les passions. Molière a déjà ridiculisé la société de son temps, précieux, marquis, médecins, dévots. Le personnage de Dom Juan, figure exemplaire de l’impiété et de l’athéisme, lui offre un sujet plus dangereux encore. Ce grand seigneur est le diable en personne. Il blasphème, méprise ses créanciers, étincelle d’esprit et de méchanceté. Il séduit mille femmes, pour les humilier après. À ses côtés, son valet, Sganarelle, est terrorisé par son insolence, son aisance, son cynisme.

Mon avis : Un classique. Relu en amont de la performance au théâtre Olympia de Tours selon la mise en scène de Vitez et de Don Juan in Soho deux mois plus tard à Londres. J’ai éprouvé un vrai plaisir à redécouvrir cette lecture de mon enfance, qui reste si actuelle. Molière n’est pas démodé et son théâtre n’a pas vieilli, loin de là.

Shakespeare, Hamlet (2016, 126p) ⭐️⭐️⭐️

Traduit et à 1,99 € chez Librio : Hamlet

Le résumé : « II y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark ! » Le soir venu, le spectre du roi défunt hante les brumes du château d’Elseneur. II crie vengeance. Honte à son frère Claudius, le lâche assassin ! Hamlet, son fils, a promis… Ce crime ne restera pas impuni. Mais au bord du gouffre, le voilà qui vacille : « Être ou ne pas être ? » Jeu de miroirs, faux-semblants, théâtre dans le théâtre… Folie simulée ou véritable démence ? Le meurtre est pourtant bien réel. Et la mort d’Ophélie annonce d’autres désastres.

Mon avis : Lecture difficile pour me préparer à la pièce en août. Je lis toujours Shakespeare en français avant d’aller voir les pièces pour être sûre de comprendre ce qui se passe sur scène même si je ne comprends pas bien les dialogues, toujours joués en vieil anglais. Mais j’ai tout de même apprécié de re-découvrir ce Hamlet oublié et que la performance d’Andrew Scott a gravé dans ma mémoire.

J.B. Priestley, An Inspector Calls (2001, 1st in 1945, 304p) ⭐️⭐️⭐️⭐️

Le résumé : Dans cette pièce un inspecteur interrompt une fête pour enquêter sur le suicide d’une jeune femme en impliquant chacun des participants dans sa mort. An Inspector Calls a été écrit alors que la société connaissait des transformations profondes. Une pièce dont le suspense tient les lecteurs en haleine mais aussi une œuvre philosophique sur la conscience sociale et l’écroulement des valeurs de la classe moyenne.

Mon avis : J’ai adoré lire la pièce, avant de la voir, également. Certains éléments étaient obscurs à la lecture et nécessitent selon moi la mise en scène pour bien tout comprendre. Mais Du début à la fin on est happé par ce mystère, on est surpris par le rebondissement final, on attrape déjà la philosophie de cette satire. Une excellente découverte. Les autres pièces m’ont moins plu, cependant.

Oscar Wilde, Salomé (2007, 1st in 1891, 225p) ⭐️⭐️⭐️

Le résumé : Posséder, quitte à détruire ; l’amour sans l’amour, juste posséder l’autre, satisfaire la pulsion, nourrir ses instincts… Que cherche la Salomé de Wilde ? C’est elle, qu’elle cherche, elle seule, c’est elle qu’elle cherche mais qu’elle fuit également, et pour cela s’enfonce sans cesse dans le froid minéral de sa folie. Elle parle les plus beaux mots de l’amour, mais ces mots sont comme les voiles qu’elle fera danser sous le regard glauque d’Antipas, comme les imprécations du prophète Iokaanan : un souffle qui passe, laissant à nu le monstre froid qui ronge l’âme et ne s’assouvit que dans le crime et le goût âcre du sang.

Mon avis : La lecture n’a pas été particulièrement prenante. La performance à Stratford-Upon-Avon intéressante bien que parfois incompréhensible en ce qui concerne les choix de mise en scène.

Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray (2012, 1st in 1890, 256p) ⭐️⭐️⭐️

Traduit et en format poche chez Le Livre de Poche : Le Portrait de Dorian Gray

Le résumé : « Au centre de la pièce, fixé à un chevalet droit, se dressait le portrait en pied d’un jeune homme d’une extraordinaire beauté physique, devant lequel, à peu de distance, se tenait assis le peintre lui-même, Basil Hallward, celui dont, il y a quelques années, la disparition soudaine a, sur le moment, tant ému le public et donné lieu à d’étranges conjectures. » Or Dorian Gray, jeune dandy séducteur et mondain, a fait ce voeu insensé : garder toujours l’éclat de sa beauté, tandis que le visage peint sur la toile assumerait le fardeau de ses passions et de ses péchés. Et de fait, seul vieillit le portrait où se peint l’âme noire de Dorian qui, bien plus tard, dira au peintre : « Chacun de nous porte en soi le ciel et l’enfer. » Et ce livre lui-même est double : il nous conduit dans un Londres lugubre et louche, noyé dans le brouillard et les vapeurs d’opium, mais nous ouvre également la comédie de salon des beaux quartiers. Lorsqu’il parut, en 1890, il fut considéré comme immoral. Mais sa singularité, bien plutôt, est d’être un roman réaliste, tout ensemble, et un roman d’esthète — fascinants, l’un et l’autre, d’une étrangeté qui touche au fantastique.

Mon avis : Il semblerait que ma passion pour Oscar Wilde soit en réalité une passion pour The Importance of Being Earnest. J’ai trouvé la vanité de ce texte taillée pour un groupe d’adolescents mais pas pour un homme et encore moins pour un public contemporain. Si la réflexion est passionnante, les personnages sont insupportables de fatuité et j’ai tellement eu envie de leur coller des claques que j’ai refermé le livre avec un soupir d’aise et de soulagement.

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